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J-1 mois : « On va tous chercher le combat »

Crédit photo : R. Marie / Philéas Images

Le 8 octobre 2020, 

Crédit photo : R. Marie / Philéas Images 

Dans un mois jour pour jour sera donné le départ de la 9e édition du Vendée Globe. Aux Sables d’Olonne, un bateau est déjà amarré au ponton, il s’agit de l’IMOCA La Mie Câline – ARTISANS ARTIPÔLE d’Arnaud Boissières. Depuis 13 ans, le skipper consacre sa vie à cette course ultime et il est le seul à être venu à bout des trois dernières éditions. 

Tu as déjà bouclé trois Vendée Globe. Qu’est-ce que tu en retiens ?
Je retiens que c’est extraordinaire. Dans une vie de marin, ou dans une vie tout court, je ne peux souhaiter que ça à quelqu’un, de faire un tour du monde sans escale, sans assistance, en course. C’est quelque chose d’épanouissant. C’est quelque chose dont tu reviens différent, qui te fait mûrir, ou rajeunir. Qui permet aussi de relativiser par rapport à beaucoup de choses de la vie, de ce qui se passe partout. C’est hyper épanouissant, c’est hyper excitant. Je me suis aperçu au fil des années que je trainais du monde derrière moi. Des gens qui m’aident à vivre ça, qui s’en nourrissent aussi. Ça permet de vivre le quotidien un peu différemment. Le côté partage est quelque chose de prenant, de très enrichissant. Quand tu reçois des messages de gens que tu as à peine croisés, ou des gens qui te suivent depuis un moment, ça a une grosse valeur quand on fait un Vendée Globe. Ça permet de relativiser.

Est-ce que tu finis par connaître ce parcours ?
Je prépare mon 4Vendée Globe et certains me disent : « tu connais la route ». Pour certains, on a l’impression qu’on prend l’autoroute, que ce serait presque facile. Or, lorsqu’on part en mer pour 24 heures, une transatlantique ou un tour du monde, cela n’a rien d’anodin et rien n’est acquis pour personne. Rien que de parler des mers du sud, j’en ai la boule au ventre. J’avais lu de nombreux récits sur ce « pays de l’ombre » qui débute dès le passage de Saint Hélène. Lors de mon 1er Vendée Globe, j’avais beaucoup d’appréhension et je n’ai pas été déçu. On est proche de rien, loin de tout et on n’échappe pas aux grosses tempêtes. 

Qu’est-ce qu’il te reste à vivre sur cette course ?
J’ai vécu l’angoisse, j’ai vécu la peur, j’ai vécu le bonheur, j’ai vécu les larmes. Je vais chercher à faire mieux que 91 jours, ce que j’ai fait en 2012. On va tous chercher le combat, se battre face aux bateaux qui sont à côté. Je pense qu’il y aura beaucoup plus de contact qu’il n’y a jamais eu. C’est peut-être ça que j’irais chercher. Je vais essayer de voir une deuxième fois le Cap Horn parce que, au final, je ne l’ai vu qu’une fois sur les trois Vendée Globe. Si je peux le voir de près, c’est pas mal. Je vais chercher encore plus la compétition. Je n’ai pas un projet gagnant mais malgré tout, j’ai un bon bateau, fiable et je vais chercher la compétition pour arriver au contact avec un autre concurrent. Je vais rechercher l’extase.

On ressent toujours la même excitation ?
C’est hyper excitant. Pour nous qui sommes en mer mais aussi pour ceux qui sont à terre, sur Virtual Skipper ou sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, on a des moyens de communication qui nous permettent d’envoyer des images, on va faire des directs, envoyer des photos. On a envie de partager. Quelque part, de parler à la caméra, c’est un souffre-douleur. La caméra, elle morfle des fois. Tu racontes plein de trucs, tu n’envoies pas tout. On a besoin de s’extérioriser, de prendre une photo, d’écrire, de faire une petite image. Il y a 33 concurrents, il y a des Anglais, des femmes, un Japonais. Il y a des bateaux qui volent, d’autres qui volent moins. C’est super d’avoir toutes ces catégories. C’est hyper excitant. J’espère qu’à terre, on va pouvoir faire vivre cette course-là avec la même intensité qu’à bord. Avec nos ressentis, nos émotions, nos peurs, nos joies. C’est ça qui est bien.

L’ambiance est très spéciale en raison du COVID 19. Est-ce que ça te perturbe ?
Je suis perturbé mais tout le monde l'est. Le village Vendée Globe sera peut-être moins perturbé que ce qui se passe dans d’autres sports. Ça va être restreint, on ne sait pas comment ça va se passer mais on va s’adapter pour le faire vivre différemment. Il n’y aura pas le même contact avec le public mais on s’adaptera. On va tout faire pour que le village reste un moment de transmission et de partage.

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