Chambres d’hôtes en Indre-et-Loire: l’exemple d’une rénovation énergétique globale
En Indre-et-Loire, plus précisément à Bossay-sur-Claise, des travaux de rénovation énergétique illustrent tout l’intérêt de penser un projet dans sa globalité.
En bordure du parc régional de la Brenne, Hervé et sa compagne Laurence ont eu le coup de cœur pour un ensemble de bâtiments en pierre accueillant des chambres d’hôtes. Séduits par le charme du lieu et son environnement verdoyant, ils ont rapidement cherché à le faire évoluer pour en réduire l’empreinte écologique.
Leur objectif était simple : exploiter des bâtiments anciens peu isolés tout en limitant leur dépendance aux énergies fossiles, le tout en conservant l’authenticité de la pierre.
L’intention est belle, mais sa concrétisation pas si évidente !
C’est à cette réflexion qu’a participé Marc Tricot, artisan chauffagiste installé dans la Vienne et spécialiste des systèmes à énergies renouvelables. Son approche globale de l’habitat et sa capacité à concevoir des installations hybrides ont fait de lui un acteur essentiel du projet.
Un ensemble bâti ancien à usage privé et professionnel
Le site se compose de deux maisons en pierre, qui constituaient anciennement une ferme, aujourd’hui entièrement réhabilitées pour accueillir trois chambres d’hôtes, un espace de vie privatif, un dojo dédié au yoga ainsi qu’une piscine. L’ensemble représente environ 340 m² habitables, auxquels s’ajoutent un vaste terrain de quatre hectares composés de bois, de prairies et d’un étang.
Les bâtiments, bien que rénovés avec goût au moment de l’achat, restaient peu isolés et demandaient une quantité importante d’énergie pour être chauffés. L’ancien système fonctionnait au fioul, avec une consommation d’environ 4 000 litres par an, complétée par une production d’eau chaude sanitaire assurée par deux ballons électriques.
Un accompagnement d’experts
Pour les accompagner dans leur démarche, le couple fait appel a un bureau d’études bioclimatiques. Ils s’accordent sur le fait de ne pas isoler les murs en pierre, au risque de perdre leur inertie thermique et leur cachet, et de travailler sur le système énergétique lui-même. Le bureau d’études oriente ses clients vers un spécialiste du solaire et du chauffage bois : Marc Tricot, un artisan engagé dans une vision globale de l’habitat.
Installé à Bignoux, dans la Vienne, ce dernier s’inscrit dans une démarche qui dépasse largement le simple rôle d’installateur. Avec une expérience de plus de 20 ans dans les énergies renouvelables, il apporte également ses conseils éclairés en matière de solaire thermique, chauffage bois, ventilation double flux ou encore isolation biosourcée. Son propre habitat lui a servi de laboratoire, tout comme les nombreux chantiers qu’il a accompagnés, et qui ont permis de faire la démonstration de ses convictions.
Une installation énergétique complexe parfaitement structurée
Sur le site de Bossay-sur-Claise, la configuration des lieux a demandé une étude précise, les deux maisons servant à des usages différents, avec une occupation variable des chambres d’hôtes, ainsi qu’un besoin important en eau chaude sanitaire pour accueillir jusqu’à quinze personnes.
La difficulté principale a donc résidé dans la gestion de plusieurs circuits de chauffage aux besoins distincts. Pour y répondre, Marc Tricot a conçu un système reposant sur une production solaire thermique majoritaire, complétée par une chaudière bois en appoint.
Le solaire thermique comme pilier du système énergétique
Le cœur de l’installation repose sur environ 24 m² de capteurs solaires thermiques, soit une puissance d’environ 12 kW. Ces capteurs ont été orientés plein sud et inclinés à 60°, un angle particulièrement adapté à la production hivernale, période où les besoins sont les plus importants.
Le choix d’une installation au sol, dans le jardin, a permis d’en faciliter l’accès pour la maintenance, d’éviter les contraintes structurelles sur les toitures anciennes et de réduire les coûts de mise en œuvre.
*Ballon tampon isolé de 2 200 litres
L’énergie produite est prioritairement stockée dans deux ballons tampons de 2 200 litres chacun, installés dans une grange isolée. Ce volume de stockage important permet de lisser la production solaire et d’assurer une autonomie thermique même en l’absence de soleil. Un ballon complémentaire de 300 litres, situé directement dans la maison, apporte un confort d’utilisation et réduit le gaspillage d’eau liées aux longueurs du réseau.
Dans certains cas, lorsque la production solaire dépasse les besoins de chauffage et d’eau chaude sanitaire, l’excédent est dirigé vers la piscine, qui n’est pas chauffée autrement.
Une chaudière bois en relais indispensable
Lorsque l’ensoleillement est insuffisant, notamment en hiver ou lors de périodes prolongées de temps couvert, une chaudière bois bûche de 40 kW prend le relais. Elle remplace l’ancienne chaudière fioul et s’intègre au même réseau de ballons tampons.
Cette chaudière est équipée d’une régulation avancée permettant d’optimiser la combustion en fonction du type de bois utilisé, feuillu ou résineux. Une sonde extérieure et une gestion automatisée permettent d’anticiper les besoins de chauffage, tandis que la combustion s’ajuste pour maximiser le rendement.
Le bois utilisé, séché pendant environ deux ans avant utilisation, provient essentiellement des parcelles du domaine. Cette ressource locale contribue à renforcer l’autonomie du site.
Grâce à l’inertie des ballons tampons, la chaudière ne fonctionne qu’à intervalles espacés, parfois tous les trois à cinq jours en hiver.
Un équipement énergétique complémentaire pour une démarche écologique globale
En complément du système solaire-bois, Hervé a équipé lui-même le site de panneaux photovoltaïques. L’orientation mixte des modules permet d’étendre la durée de production quotidienne. L’électricité produite est prioritairement affectée aux usages essentiels du quotidien : électroménager des chambres d’hôtes, pompe de piscine et équipements domestiques.
Une logique de hiérarchisation des usages, pilotée par une domotique simple, permet d’optimiser l’autoconsommation. Ainsi, jusqu’à 80 % de la production peut être consommée sur place, couvrant une part significative des besoins électriques du site.
La gestion de l’eau s’inscrit également dans cette démarche environnementale. Une source naturelle alimente un puits permanent, complétée par la récupération d’eau de pluie stockée dans des cuves. La piscine fonctionne sans chlore, grâce à un système de traitement par UV et oxygène actif, et sa filtration est alimentée par l’électricité photovoltaïque.
Le jardin, géré en permaculture, va dans le sens de cette logique d’autonomie en fournissant une part importante des fruits et légumes consommés sur place.
* Piscine chauffée par les capteurs solaires thermiques - Pompe alimentée par l’électricité photovoltaïque
Des chauffages d’appoint pour les usages ponctuels
* Schéma du Polyflam
En complément du système central, quelques chauffages d’appoint, installés par un autre artisan local, assurent la souplesse nécessaire aux différents espaces du site. Dans le salon, un Polyflam est installé dans la cheminée existante. Il s’agit d’un dispositif de chauffage au bois à double foyer, combinant un foyer fermé très performant pour le chauffage et un foyer ouvert permettant de profiter de la flamme.
Des poêles à bois viennent également renforcer ponctuellement le chauffage dans le dojo et dans la cuisine en fonction des besoins.
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